Les stratégies d’investissement alternatif évoluent au gré des développements géopolitiques, économiques et technologiques.
La défense et les technologies à double usage suscitent un regain d’intérêt. Les minerais critiques revêtent une importance stratégique croissante. Le transport maritime reste essentiel au commerce mondial, tandis que les projets liés à la transition énergétique et aux infrastructures continuent de créer des opportunités d’investissement, notamment dans les marchés émergents.
Pour les promoteurs de fonds, ces secteurs peuvent représenter de réelles opportunités d’investissement. Il convient toutefois de s’assurer que le dispositif de gouvernance et de contrôle existant reste adapté à la stratégie poursuivie.
Cette réflexion intervient avant même d’envisager des contrôles additionnels.
La stratégie d’investissement est-elle cohérente avec l’appétit au risque du fonds et de son promoteur ? Le cadre de gestion des risques couvre-t-il adéquatement les secteurs, zones géographiques, contreparties et activités concernés ? Existe-t-il des restrictions internes, critères d’investissement ou limites de risque préalablement définies à prendre en compte ?
Investir dans un nouveau secteur ne signifie pas nécessairement sortir de l’appétit au risque existant. En revanche, lorsqu’un décalage apparaît entre la stratégie et le cadre établi, celui-ci mérite d’être identifié et discuté plutôt que simplement compensé par l’ajout de contrôles.
Cela soulève également une question plus large de gouvernance : l’entrée d’un fonds dans un nouveau type d’actif ou un nouveau secteur déclenche-t-elle une réévaluation du cadre de risque existant ?
Une fois l’alignement avec l’appétit au risque établi, il convient de déterminer si des contrôles spécifiques ou additionnels sont pertinents au regard de la stratégie sous-jacente.
Un fonds investissant dans une entreprise de défense ne sera pas confronté aux mêmes considérations qu’un fonds acquérant des navires, finançant une exploitation minière ou développant des infrastructures d’énergie renouvelable.
À chaque stratégie, ses questions.

Investir dans la défense et l’armement
La défense occupe une place de plus en plus visible dans les stratégies d’investissement, dans un contexte d’évolution des priorités géopolitiques et d’augmentation des dépenses de défense.
Mais le terme « défense » recouvre des activités très différentes : fabricants d’armes, composants, munitions, véhicules militaires, systèmes de communication, cybersécurité, services de maintenance ou encore entreprises fournissant à la fois des clients militaires et civils.
Comprendre précisément l’activité sous-jacente constitue donc un point de départ essentiel.
Que fabrique ou fournit exactement l’entreprise en portefeuille ? Qui achète ses produits ? Où sont-ils finalement livrés et utilisés ? Certains pays, clients ou intermédiaires sont-ils concernés ? Des embargos sur les armes, sanctions ou restrictions à l’exportation peuvent-ils s’appliquer ? L’entreprise fait-elle appel à des agents ou distributeurs dans des juridictions où l’exposition au risque de corruption mérite une attention particulière ?
L’entité dispose-t-elle également d’informations suffisantes pour identifier l’évolution de ces éléments pendant la période de détention ?
Les investissements dans la défense peuvent s’inscrire dans la stratégie et l’appétit au risque d’un fonds tout en soulevant des considérations moins présentes dans un portefeuille plus conventionnel. La nature des produits, leur destination, leurs utilisateurs finaux et les juridictions concernées détermineront les domaines nécessitant une attention supplémentaire.
Investir dans les biens et technologies à double usage
Le double usage s’inscrit naturellement dans le prolongement de la défense, la frontière entre applications civiles et militaires n’étant pas toujours évidente.
Logiciels, composants électroniques, drones, capteurs, systèmes de navigation, équipements de télécommunication, matériaux avancés et autres technologies peuvent avoir des applications civiles parfaitement légitimes tout en étant susceptibles d’être utilisés à des fins militaires ou pour d’autres usages sensibles.
Les questions à considérer évoluent en conséquence.
Quelles sont les capacités réelles de la technologie ? Qui sont ses clients et utilisateurs finaux ? Vers quels pays est-elle exportée ? Des distributeurs ou intermédiaires interviennent-ils ? La destination ou l’utilisation prévue peut-elle modifier l’analyse ? Des restrictions ou autorisations spécifiques en matière de contrôle des exportations sont-elles pertinentes ?
L’analyse peut également évoluer dans le temps. Un nouveau client, marché, usage ou utilisateur final peut modifier le profil de risque d’une technologie dont l’exposition initiale était différente.
Pour un fonds d’investissement, comprendre l’entreprise uniquement à travers son profil corporate peut donc s’avérer insuffisant. Les capacités, la destination et l’utilisation potentielle de la technologie sous-jacente peuvent également faire partie de l’analyse du risque.
Investir dans le transport maritime
Le transport maritime présente des considérations très différentes, notamment parce que l’actif lui-même se déplace entre plusieurs juridictions.
Un navire peut changer de routes, de ports, de cargaisons ou d’affréteurs et, au fil du temps, de propriétaire ou de pavillon. La structure entourant l’actif peut également impliquer plusieurs parties : propriétaires enregistrés, bénéficiaires effectifs, opérateurs, gestionnaires, affréteurs et assureurs.
Cela soulève des questions très concrètes.
Quels navires sont effectivement concernés par l’investissement ? Qui les détient, les exploite et les affrète ? Sous quel pavillon naviguent-ils ? Quelles routes et quels ports sont concernés par leur activité ? Quels types de marchandises transportent-ils ? Certaines juridictions sont-elles impliquées ? Certains schémas commerciaux ou certaines contreparties peuvent-ils créer une exposition aux sanctions ou à leur contournement ?
La nature dynamique de l’actif est particulièrement importante. Les informations obtenues lors de l’acquisition ne reflètent pas nécessairement l’exposition du navire pendant toute la durée de détention.
Les caractéristiques du transport maritime nécessitent une vision plus dynamique de l’actif. Une revue de la structure corporate au moment de l’acquisition ne donne qu’une partie de l’image : routes, ports, cargaisons, affréteurs, propriété ou pavillon peuvent évoluer tout au long de la période de détention.
Investir dans les activités minières et les minerais critiques
Les activités minières et les minerais critiques suscitent également un intérêt stratégique croissant.
L’opportunité d’investissement peut être attractive, mais comprendre un actif minier suppose souvent d’aller au-delà de la société qui détient l’investissement.
Où se situe la mine ? Qui a accordé la licence ou la concession ? Qui sont les partenaires locaux ? Quelles relations existent avec les autorités publiques ? Comment l’accès aux terrains a-t-il été obtenu ? Qui achète finalement les matières premières extraites ?
Selon le minerai et la juridiction concernés, des considérations supplémentaires peuvent apparaître en matière de corruption, d’interactions avec les pouvoirs publics, d’exposition aux conflits, de droits humains, d’environnement, de communautés locales et, plus largement, de chaîne d’approvisionnement.
Les évolutions au cours de la période de détention peuvent également être significatives : un nouvel acheteur, partenaire local, régime de concession ou environnement politique peut modifier l’exposition.
La géographie de l’actif peut ainsi être aussi importante que sa structure de détention.
Investir dans des projets verts dans les marchés émergents
Les projets d’énergie renouvelable et autres infrastructures vertes peuvent offrir des opportunités d’investissement attractives, notamment sur des marchés où les besoins en infrastructures restent importants.
La finalité environnementale d’un projet ne dispense cependant pas de comprendre l’environnement dans lequel celui-ci s’inscrit.
Comment le projet a-t-il été attribué ? Qui a accordé la concession, la licence ou les droits fonciers concernés ? Qui sont les partenaires locaux et les contractants ? Quelles interactions existent avec les autorités publiques ? Des financements publics sont-ils impliqués ? D’où proviennent les équipements et minerais critiques ? Le processus de passation des marchés est-il suffisamment transparent ?
La chaîne d’approvisionnement sous-jacente peut également faire apparaître des considérations qui ne sont pas immédiatement visibles au niveau du projet lui-même.
Un projet solaire, éolien ou d’infrastructure peut ainsi poursuivre un objectif environnemental clair tout en nécessitant une analyse attentive des risques pays, de corruption, de sanctions, de chaîne d’approvisionnement ou d’autres risques de criminalité financière.
La stratégie d’investissement doit guider le dispositif de contrôle
Ces exemples illustrent à quel point les contrôles portant sur les actifs peuvent varier selon la stratégie d’investissement.
Les contrôles sur les actifs doivent être cohérents avec la réalité des investissements du fonds.
Les processus de due diligence existants peuvent rester parfaitement adaptés à certaines stratégies. Dans d’autres cas, des questions, données, expertises ou dispositifs de suivi supplémentaires peuvent être nécessaires pour appréhender les risques propres aux actifs sous-jacents.
La disponibilité de l’information fait partie intégrante de cette analyse. Un dispositif de contrôle ne peut fonctionner efficacement que si l’entité reçoit les informations nécessaires pour identifier les évolutions pertinentes. Selon la stratégie, il peut s’agir de changements concernant les clients, utilisateurs finaux, destinations, routes, contreparties, concessions ou autres caractéristiques de l’actif sous-jacent.
La due diligence sur les actifs se poursuit au-delà de la décision d’investissement. Le dispositif de contrôle doit permettre d’identifier les évolutions significatives du profil de risque de l’actif tout au long de la période de détention.
Cette responsabilité est collective et ne repose pas sur une seule personne ou une seule fonction.
Selon l’investissement, les expertises pertinentes peuvent se trouver au sein de l’Investment Management, du Risk, de la Compliance, de l’AML/CFT, des sanctions, du Legal, de l’ESG ou auprès de spécialistes externes. L’entité reste responsable de s’assurer que les risques pertinents sont identifiés, compris et correctement pris en compte dans son dispositif de gouvernance.
Nouvelles stratégies, contrôles adaptés
À mesure que de nouvelles thématiques d’investissement se développent, le dispositif de contrôle doit rester adapté à la stratégie et à son profil de risque.
L’évolution des stratégies alternatives peut ainsi conduire les promoteurs de fonds et leurs prestataires à se poser quelques questions fondamentales :
Cette stratégie est-elle cohérente avec notre appétit au risque ?
Comprenons-nous ce qui distingue cet actif ou ce secteur ?
Nos contrôles existants couvrent-ils ces spécificités ?
Et serons-nous en mesure d’identifier une évolution du profil de risque après l’investissement ?
Les contrôles additionnels ne remplacent pas l’alignement avec l’appétit au risque. Lorsque cet alignement est établi, ils permettent au dispositif de contrôle d’évoluer avec l’activité d’investissement.
Pour une entreprise de défense, cela peut impliquer de comprendre les produits, les clients et les utilisateurs finaux. Pour une technologie à double usage, les capacités et la destination peuvent être déterminantes. Dans le transport maritime, le navire et ses mouvements entrent dans l’analyse. Pour les activités minières, la géographie, les concessions et la chaîne de commercialisation des matières premières prennent davantage d’importance. Pour les infrastructures vertes, le projet, les autorités publiques, les contractants et la chaîne d’approvisionnement peuvent nécessiter une attention particulière.
Des actifs différents. Des environnements différents. Des questions différentes.
Chez SableRock, nous accompagnons les promoteurs de fonds dans la mise en place et le fonctionnement de leurs structures d’investissement luxembourgeoises, en combinant expertise corporate, réglementaire et opérationnelle avec des dispositifs de gouvernance et de contrôle adaptés à la stratégie sous-jacente.